À Helsinki, au dernier étage d'un immeuble qui regarde une baie et une caserne dessinée par Carl Ludvig Engel, une pièce a fini par devenir ce qu'elle n'avait jamais eu l'intention d'être. Ni bureau, ni salon d'apparat. Un lieu où des milliers de disques ont fini par imposer leur loi, doucement, sans qu'on le leur demande vraiment.
In Helsinki, on the top floor of a building that looks out over a bay and a barracks designed by Carl Ludvig Engel, a room ended up becoming something it was never quite meant to be. Not a study, not a formal living room. A place where thousands of records eventually made their own quiet law, without ever really being asked to.
Rien n'a été pensé au départ. C'était, dit-il, une pièce de vie plus classique, et d'autres disques dorment encore dans sa chambre, sur d'autres chaînes. Dans l'appartement précédent, il avait eu une pièce dédiée aux disques. Ici, l'espace manquait, et il avait visé quelque chose de plus conventionnel. Mais les étagères et les vinyles sont entrés les premiers dans le nouvel appartement, avant tout le reste, alors la priorité était sans doute déjà écrite depuis le début. La pièce n'est devenue un vrai lieu d'écoute qu'après coup, une fois réunie une collection de chaînes assez variée pour rendre l'écoute plus riche, plus mouvante.
Nothing was planned at the outset. It was, he says, a more standard drawing room, and other records still sleep in his bedroom, on other stereos. In the previous apartment he'd had a room set aside for records. Here, space was tighter, and he aimed for something more conventional. But the shelves and the vinyl went in first, before anything else, so the priority was probably obvious from the start. The room only became a real listening space afterward, once he'd assembled a set of stereos varied enough to make the listening itself feel more meaningful.
Il ne se souvenait plus, honnêtement, et a dû aller vérifier dans ses photos de 2017, l'année de son emménagement. C'est là qu'il a retrouvé les traces d'un tout début : une copie originale, pressage stéréo anglais, de The Kinks Are the Village Green Preservation Society, et Windows de Jack Wilkins, achetés à l'époque. Et un maxi 45 tours de soul moderne, signé Universal Love, Moon Ride / It's You Girl.
He honestly couldn't remember, and had to go check his photo feed from 2017, the year he moved in. That's where he found traces of the very beginning: an original UK stereo pressing of The Kinks Are the Village Green Preservation Society, and Jack Wilkins's Windows, records he'd picked up around then. And a modern soul 12", Universal Love's Moon Ride / It's You Girl.
Ce n'est solitaire que lorsqu'il n'a pas d'invités. La musique, dit-il, peut être un plaisir qu'on garde pour soi, mais il la préfère partagée. Et il y a quelque chose de plus drôle encore à se pencher sur une hi-fi ancienne et peu fiable, avec des gens capables d'en apprécier la beauté autant que l'absurdité.
It's only solitary when he doesn't have friends over. Music, he says, can be a solitary pleasure, but he tends to think it's better shared. And geeking over unreliable, historical hi-fi is more fun still with people who can appreciate the beauty and the absurdity of it in equal measure.
Ce qu'il préfère dans la pièce n'est pas un objet, mais une ouverture. La grande fenêtre d'angle, qui donne sur une baie et sur l'ancienne caserne de la Marine, assez grandiose, dessinée par l'architecte Carl Ludvig Engel et abritant aujourd'hui le ministère finlandais des Affaires étrangères. Il habite au dernier étage, la vue est superbe, la lumière du jour, entière. Sans oublier la terrasse l'été, qui se remplit de neige l'hiver.
What he loves most about the room isn't an object, but an opening. The large corner window, looking over a bay and the old, rather grandiose Marine Barracks by architect Carl Ludvig Engel, now housing the Finnish Ministry of Foreign Affairs. He lives on the top floor, so the view is lovely, and he gets a full day of sun. Along with the terrace in summer, which fills up with snow come winter.
Il ne croit pas qu'il faille trop s'attacher aux objets. Et pourtant, s'il devait n'en garder qu'un seul, il avoue que ce serait son Garrard 401 des années 1960 qui lui manquerait le plus.
He doesn't think we should get too attached to objects. And yet, if pressed to keep only one, he admits it's his 1960s Garrard 401 he'd be saddest to see go.
Son appartement, et sa pièce de musique avec lui, ouvre sur plusieurs directions à la fois et déborde de lumière. Il ne pense jamais cet endroit comme un refuge nocturne, mais toujours en termes de lumière du jour. C'est donc le jour, dit-il, que la pièce est le plus elle-même, quand la frontière entre le dedans et le dehors semble la plus fine.
His apartment, and his music space with it, has plenty of windows facing different directions and plenty of light, so he always thinks of it in terms of daylight rather than as a nocturnal hideout. So he'd say it's most itself during the day, when the division between outside and inside seems lowest.
autant que vous à votre propre
capharnaüm sonore. »
in your own record listening
audio junkyard space as you are."
Demandez-lui ce que cette pièce lui a enseigné, et il ne parle ni de watts ni de pressages rares. Il parle de connaissance de soi. Construire un espace d'écoute véritablement agréable et tranquille exige, dit-il, de se connaître soi-même, d'accepter de multiplier les essais, dans le rangement des disques comme dans le montage des chaînes, un feng shui patient fait d'ajustements successifs. Et cela demande, surtout, d'accepter une vérité qu'on ne discute pas : personne d'autre ne s'intéressera jamais autant que vous à votre propre capharnaüm sonore. Ce n'est pas de la résignation. C'est, peut-être, la seule vraie condition du plaisir.
Ask what the room has taught him, and he doesn't talk about wattage or rare pressings. He talks about self-knowledge. Building a space that is truly enjoyable, a tranquil listening room, takes, he says, a fair amount of knowing yourself, a willingness to try out different combinations, in record organizing as much as in stereo set-up, a patient feng shui of successive adjustments. And it requires, above all, accepting one immutable fact: no one else will ever be as interested in your own record listening audio junkyard space as you are. It isn't resignation. It may be, in fact, the only real condition of pleasure.